Economie libidinale

Séminaire Trouver de nouvelles armes - Economie générale et pharmacologie 5

Mercredi, 13 Mai, 2009 (Toute la journée)

Conférence prononcée par Bernard Stiegler le 13 mai 2009 dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

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126:32 minutes (115.85 Mo)

Economie du désir et désir en économie 2

Théâtre de la Colline- 28 Mars 2009 - Ars industrialis a accueilli André Orléan et Frédéric Lordon, deux économistes qui attribuent aux croyances et aux affects un rôle majeur H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Mineur/majeur

Dans un texte très célèbre (Qu’est-ce que les Lumières ?, 1784), Kant définit l’esprit des Lumières comme la sortie hors de l’état de minorité, ce qui implique de se libérer de toutes tutelles. Est mineur celui qui délègue sa responsabilité (celle de sa pensée, celle de son soin) à des autorités (le maître, le prêtre, le médecin… ou la télévision). Est majeur celui qui prend soin des mineurs (y compris de sa propre part restante de minorité) pour les élever vers la majorité, vers l’usage critique et public de sa raison.

Le malaise de notre époque est que les mineurs y sont traités comme des majeurs (ce que révèle la récente loi sur la récidive des mineurs), tandis que les adultes s’y comportent comme des mineurs (ils délèguent leur responsabilité bien facilement). Traiter les mineurs comme des majeurs, c'est nier la différence entre les générations. Le seul et véritable « remède » à la délinquance n'est ni la répression ni même la prévention seulement sociale : il suppose de reconstituer ce qui a été détruit par le consumérisme, à savoir les appareils sociaux (les institutions) de transformation des pulsions en investissements, c’est à dire en énergie libidinale, par exemple à travers ce que Freud nommait l'« identification primaire »1 laquelle est précisément détournée par les industries culturelles captant d'une part l'attention des enfants et organisant d'autre part la régression de leurs parents au statut de consommateurs pulsionnels.

 

1L’identification primaire est un terme freudien, par lequel on nomme l’identification de tous les jeunes enfants à leurs parents, identification qui est la condition de l’intériorisation de l’idéal du moi parental, et donc de constitution d’un surmoi. Pour que l’identification primaire fonctionne il faut, au minimum, préserver la différence entre le statut de mineur et le statut de majeur.

 

 

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en économie et qui nous invitent à reconsidérer d’un tel point de vue la portée du concept de conatus chez Spinoza – ce qui ne manque pas de faire écho à la question du désir qu’Ars industrialis met au cœur des économies industrielles aussi bien que de leur crise contemporaine. C’est aussi sur ces bases qu’André Orléan et Frédéric Lordon élaborent leurs critiques du « mimétisme pervers » des milieux financiers et celles des modes de régulation de la globalisation financière présente. Nous vous invitons à écouter ces conférences en MP3 ou en vidéo :

Séminaire Trouver de nouvelles armes - Economie générale et pharmacologie 4

Mercredi, 11 Mars, 2009 (Toute la journée)

Economie générale et pharmacologiePharmakon

">i 4 - Conférence de Bernard Stiegler prononcée le 11 mars 2009 dans le cadre du séminiare Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

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141:41 minutes (129.72 Mo)

Economie du désir et désir en économie

 
Théâtre de La Colline
31 janvier 2009
 
Conférence de Maurizio Lazzarato : Appauvrissement économique et appauvrissement subjectif dans le néoliberalisme suivie d'une discussion avec Franck Cormerais, Arnauld de L'Epine et Bernard Stiegler
 
Audio : MP3

Séminaire Trouver de nouvelles armes - Economie générale et pharmacologie 3

Mercredi, 17 Décembre, 2008 (Toute la journée)

Economie générale et pharmacologiePharmakon

">i 3, conférence prononcée par Bernard Stiegler le 17 décembre 2008 au Collège International de Philosophie


118:11 minutes (108.2 Mo)

Séminaire Trouver de nouvelles armes - Economie générale et pharmacologie

Mercredi, 10 Décembre, 2008 (Toute la journée)

Conférence prononcée le 10 décembre 2008 par Bernard Stiegler au Collège international de philosophie


130:30 minutes (119.49 Mo)