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Techniques de soi - 2e partie, discussion - 19 Juin 2010

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 19 Juin 2010 Intervenants : Alain Giffard, Robin Renucci, Marc Valleur, Julien Gautier,Bernard Stiegler.

Techniques de soi - 1e partie - 19 Juin 2010

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 19 Juin 2010 Intervenants : Alain Giffard, Robin Renucci, Marc Valleur, Julien Gautier.

Economie de la contribution et projets locaux de développement - 2é partie, discussion - 15 mai 2010

Scéance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 mai 2010 Intervenants: discussion avec la salle

Economie de la contribution et projets locaux de développement - 1e partie - 15 mai 2010

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 mai 2010 Intervenants: Bernard Stiegler, Patrick Veveret, Jean François Caron

Logiciel libre et économie de la contribution : le temps de de la déprolétarisation - 2e partie, discussion - 6 mars 2010

Scéance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 6 mars 2010. Intervenants: discussion avec la salle, Bernard Stiegler, Philippe Aigrain, Jérémie Zimmerman, Alain Giffard

Logiciel libre et économie de la contribution : le temps de de la déprolétarisation - 1e partie - 6 mars 2010

Scéance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 6 mars 2010. Intervenants: Bernard Stiegler, Philippe Aigrain, Jérémie Zimmerman, Alain Giffard

Pour une economie de la contribution - 5 décembre 2009

Séance publique orgnanisée par Ars Industrialis à Paris 2°, le 5 décembre 2009 Intervenants: Jean-Marie Monnier, Carlo Vercellone, Franck Cormerais, Bernard Stiegler

Pour une économie de la contribution, discussion - 5 décembre 2009

Séance publique orgnanisée par Ars Industrialis à Paris 2°, le 5 décembre 2009 Intervenants: Jean-Marie Monnier, Carlo Vercellone, Franck Cormerais, Bernard Stiegler / discussion avec la salle

Ce que la valeur esthétique fait à la valeur économique et réflexions sur le rôle des croyances financières et leur puissance - 1e partie - 28 mars 2009 -

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 28 mars 2008 Intervenants: Frédéric Lordon,André Orléan

Ce que la valeur esthétique fait à la valeur économique et réflexions sur le rôle des croyances financières et leur puissance - 2e partie, discussion - 28 mars 2009

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de La Colline à Paris, le 28 mars 2009 Intervenants: Frédéric Lordon,André Orléan,Bernard Stiegler,Franck Cormerais,Arnaud de l'Epine.

Economie du désir et désir en économie - 1e partie - 31 janvier 2009

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 31 janvier 2009 Intervenants: Maurizio Lazzarato,Franck Cormerais

Economie du désir et désir en économie - 2e partie, discussion - 31 janvier 2009

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 31 janvier 2009 Intervenants : Arnaud de l'Epine,Bernard Stiegler, Franck Cormerais,Maurizio Lazzarato,

Contribution à une nouvelle critique de l'économie politique - 1e partie - 15 janvier 2009

Séance publique organisée par Ars Industrialis à la Maison de l'Europe, le 15 janvier 2009 Intervenants: Bernard Stiegler

Contribution à une nouvelle critique de l'économie politique - 2e partie, intervention/discussion - 15 janvier 2009

Séance publique organisée par Ars Industrialis à la Maison de l'Europe, le 15 janvier 2009 Intervenants: discussion avec la salle/intervention de Scott Lash, Bernard Stiegler

Economie générale et pharmacologie III - 3e partie - 17 décembre 2008

Séance publique du séminaire organisé par BS/AI au Collège International de Philosophie intitulé "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", le 17 décembre 2008. Intervenants: Bernard STIEGLER

Economie générale et pharmacologie III - 3e partie, discussion - 17 décembre 2008

Séance publique du séminaire organisé par BS/AI au Collège International de Philosophie intitulé "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", le 17 décembre 2008. Intervenants: Discussion avec la salle, Bernard STIEGLER

Economie générale et pharmacologie II - 1e partie - 10 décembre 2008

Séance du séminaire organisé par BS/AI au Collège International de Philosophie intitulé "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", le 10 décembre 2008. Intervenants: Bernard STIEGLER

Economie générale et pharmacologie II - 2e partie, discussion -10 décembre 2008

Séance du séminaire organisé par BS/AI au Collège International de Philosophie intitulé "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", le 10 décembre 2008. Intervenants: Discussion avec la salle, Bernard STIEGLER

Société et télévision au XXI siècle - 4e partie, discussion - 6 décembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis (en partenariat avec le CIEM) au Théâtre de la Colline à Paris, le 06 décembre 2008 Intervenants: Discussion avec la salle, Bernard STIEGLER, Sophie JEHEL, Jesùs BERMEJO BERROS, Eric FAVEY

Société et télévision au XXI siècle - Ie partie - 6 décembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis (en partenariat avec le CIEM) au Théâtre de la Colline à Paris, le 06 décembre 2008 Intervenants: Éric FAVEY, Bernard STIEGLER, Sophie JEHEL, Christian GAUTELLIER, Elisabeth BATON-HERVÉ, Roland GORI

Société et télévision au XXI siècle - 2e partie, discussion - 6 décembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis (en partenariat avec le CIEM) au Théâtre de la Colline à Paris, le 06 décembre 2008 Intervenants: Discussion avec la salle, Bernard STIEGLER, Sophie JEHEL, Christian GAUTELLIER, Elisabeth BATON-HERVÉ, Roland GORI

Société et télévision au XXI siècle - 3e partie - 6 décembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis (en partenariat avec le CIEM) au Théâtre de la Colline à Paris, le 06 décembre 2008 Intervenants: Jesùs BERMEJO BERROS, Bernard STIEGLER

Destruction et formation de l'attention - Considérations sur la crise systémique de l'éducation et ses conséquences pratiques - 2e partie, discussion - 15 novembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 novembre 2008 Intervenants : Bernard Stiegler, Guillaume Vergne, Julien Gautier, Jean-Hugues Barthélémy.

Destruction et formation de l'attention - Considérations sur la crise systémique de l'éducation et ses conséquences pratiques - 1e partie - 15 novembre 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 novembre 2008. Intervenants : Bernard Stiegler, Guillaume Vergne, Julien Gautier, Jean-Hugues Barthélémy.

Economie générale et pharmacologie I - 1e partie - 15 octobre 2008

Séance du séminaire de Bernard Stiegler "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", au Collège Internationale de philosophie à Paris, le 15 octobre 2008.

Economie générale et pharmacologie I - 2e partie, discussion - 15 octobre 2008

Séance du séminaire de Bernard Stiegler "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i", au Collège Internationale de philosophie à Paris, le 15 octobre 2008. Intervenant: Bernard Stiegler

Le numérique dans l'économie et la cognition de l'attention - 1e partie - 17 mai 2008

Séance publique orgnaisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 17 mai 2008 Intervenants : Christian Fauré, Alain Giffard

Le numérique dans l'économie et la cognition de l'attention - 2e partie, discussion - 17 mai 2008

Scéance publique orgnaisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 17 mai 2008 Intervenants : discussion avec la salle, Christian Fauré, Alain Giffard

Du psychopouvoir à la noopolitique III - 1e partie - 14 mai 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 14 mai 2008 Intervenant : Bernard Stiegler

Du psychopouvoir à la noopolitique III - 2e partie, discussion - 14 mai 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 14 mai 2008 Intervenant : discussion avec la salle, Bernard Stiegler

Mécroissance et libido - 1e partie - 12 avril 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 12 avril 2008 Intervenants : Bernard Stiegler, Dany-Robert Dufour, Olivier Douville

Mécroissance et libido - 2e partie, discussion - 12 avril 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 12 avril 2008 Intervenants : discussion avec la salle, Bernard Stiegler, Dany-Robert Dufour, Olivier Douville

Du psychopouvoir à la noopolitique II - 2e partie, discussion - 26 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 26 mars 2008 Intervenant : discussion avec la salle, Bernard Stiegler

Du psychopouvoir à la noopolitique II - 1e partie - 26 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 26 mars 2008 Intervenant : Bernard Stiegler

Du psychopouvoir à la noopolitique I - 1e partie - 19 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 19 mars 2008 Intervenant : Bernard Stiegler

Du psychopouvoir à la noopolitique I - 2e partie, discussion - 19 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 19 mars 2008. Intervenant : discussion avec la salle, Bernard Stiegler

Pour une économie de la contribution - 2e partie, discussion - 15 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 mars 2008 Intervenants : discussion avec la salle, Bernard Stiegler, Yann Moulier-Boutang, Franck Cormerais,

Pour une économie de la contribution - 1e partie - 15 mars 2008

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 15 mars 2008 Intervenants : Yann Moulier-Boutang, Franck Cormerais, Bernard Stiegler

Transformations de la dépendance en milieux scolaire et universitaire - 1e partie - 28 novembre 2007

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes" au CIPH, le 28 novembre 2007 Intervenant: George Collins

Transformations de la dépendance en milieux scolaire et universitaire - 1e partie, discussion - 28 novembre 2007

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes" au CIPH, le 28 novembre 2007 Intervenants: discussion avec la salle, Georges Collins

La bataille de l'intelligence II (2e séance) Organologie de la majorité - 24 octobre 2007

Conférence prononcée dans le cadre du séminaire Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i, au Collège International de philosophie, à Paris, le 24 octobre 2007. Intervenants: Bernard Stiegler

La bataille de l'intelligence I (1e séance) - 10 octobre 2007

Conférence prononcée dans le cadre du séminaire Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i, au Collège International de philosophie, à Paris, le 10 octobre 2007. Intervenants: Bernard Stiegler

La démocratie participative - 1e partie - 20 janvier 2007

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 20 janvier 2007 Intervenants: Marc Crépon, Bernard Stiegler.

La démocratie participative - 1e partie - 20 janvier 2007

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 20 janvier 2007 Intervenants: Marc Crépon, Bernard Stiegler.

Impuissance politique et puissance publique - 1e partie - 14 octobre 2006

Séance publique orgasisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 14 octobre 2006 Intervenants : Bernard Stiegler, Philippe Aigrain, Arnaud De l'Epine

Impuissance politique et puissance publique - 2e partie, discussion - 14 octobre 2006

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 14 octobre 2006 Intervenants : discussion avec la salle, Bernard Stiegler, Philippe Aigrain, Arnaud De l'Epine

Souffrance et consommation - 1e partie - 25 février 2006

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, 25 février 2006 Intervenants : Bernard Stiegler, Marc Valleur, Jean-Pierre Klein

Souffrance et consommation - 2e partie, discussion - 25 février 2006

Séance publique organisée par Ars Industrialis au Théâtre de la Colline à Paris, le 25 février 2006 Intervenants : Bernard Stiegler, Marc Valleur, Jean-Pierre Klein.

L'esprit perdu du capitalisme - 1e partie - 22 février 2006

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 22 février 2006. Intervenant : Bernard Stiegler

L'esprit perdu du capitalisme - 2e partie, discussion - 22 février 2006

Séance publique organisée par Ars Industrialis dans le cadre du séminaire "Trouver de nouvelles armes - Pour une polémologie de l'esprit H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Esprit.

Il est plus urgent que jamais « d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort » (Paul Valery, La liberté de l’Esprit, 1939). La vie, est puissance de transformation réciproque d’un vivant et d’un milieu. Mais, précise Valéry, pour l’organisme humain, vivre, c’est non seulement conserver cette puissance, mais c’est aussi créer un supplément de valeurs, la valeur de l’esprit1. De quoi est composé ce capital symbolique ?

Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instrument, etc. qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre, ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. 2

Lorsque les hommes ne savent plus se servir des technologies de l’esprit qui leur sont imposées, c’est alors l’esprit qui a perdu son capital, c’est aussi bien le capitalisme qui a perdu son esprit3.

« Par ce nom d’esprit, je n’entends pas du tout une entité métaphysique ; j’entends ici, très simplement, une puissance de transformation »4. L’esprit n’est ni âme immatérielle ni matière cérébrale : l’esprit est ce que devient l’activité cérébrale lorsqu’elle transforme les choses du monde extérieur en des supports de mémoire (des « rétentions tertiaires »). Les objets fabriqués par l’homme, ou « artefacts », sont ainsi les « béquilles de l’esprit », des « prothèses » en un sens particulier de ce terme – puisqu’ici la « prothèse » ne vient pas remplacer un organe manquant mais rendre possible son fonctionnement. Il n’y a pas d’esprit sans medium (sans intermédiaire) qui conserve la mémoire comme organisation de la matière inorganique. L’esprit est ainsi une dynamique qui résulte de l’extériorisation de la mémoire, puisque cette dernière est ce qui, par un paradoxe apparent, rend possible la construction d’une « intériorité » chez l’homme. Ce paradoxe signifie que la vie animale ne peut devenir existence humaine qu’en s’appuyant sur les objets techniques et sur le langage : l’esprit est un processus à la fois psychique, social et technique.

L’esprit est donc la dynamique de la « transindividuation » – techniquement médiatisée – par laquelle le « je » et le « nous » se constituent ensemble en une individuation indissociablement « psychique et collective ». Le « et » de cette expression (« psychique et collective ») peut donc être compris comme ce qui désigne l’esprit, s’il est vrai, comme s’est évertué à le penser Simondon, que le « psychique pur » et le « social pur » ne permettent pas la « spiritualité » du « transindividuel » mais retombent respectivement dans le bio-psychique et le bio-social des mammifères et des insectes.

1« J’ai donc dit “valeur” et je dis qu’il y a une valeur nommée “esprit”, comme il y a une valeur pétrole, blé ou or. […]. Dans l’une et l’autre affaire, dans la vie économique, comme dans la vie spirituelle, vous trouverez avant tout les mêmes notions de production et de consommation » (Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais, « La liberté de l’esprit », Gallimard, Folio, p. 211-212).

 

2Valéry, ibid., p. 222.

 

3Depuis Max Weber, on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, mais plutôt que de parler comme Boltanski et Chiapello de « nouvel esprit » du capitalisme, il conviendrait de remarquer que le capitalisme souffre de ne plus avoir d’esprit. Il ne s’agit pas de rappeler aux dirigeants d’entreprises qu’il y a aussi du capital immatériel, humain, il s’agit de sortir de la logique gestionnaire pour accueillir une pensée contributive.

 

4Valéry, « La Politique de l’esprit » (1932), Variété III, Gallimard, 1936, p. 211.

 

">i" au Collège international de philosophie, le 22 février 2006. Intervenant : discussion avec la salle, Bernard Stiegler