association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit
Otium. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la société est constituée par une opposition entre la sphère des besoins (esclaves, artisans, roturiers) et la sphère de l’otium (clercs), où on est dégagé des obligations de la vie quotidienne vouées à la satisfaction des besoins par la production des subsistances.
L’otium est le temps de loisir, libre de tout negotium, de toute activité liée à la subsistance. Il est en cela le temps de l’existence. Il consiste dans la pratique des hypomnémata (technique de la mémoire) par laquelle on se donne un soin, on se constitue. Ce qui caractérise l’otium, c’est ce que Foucault nomme « l’écriture de soi ». Si l’otium est une pratique solitaire, elle est toujours socialement destinée et constituée. Les pratiques de l’otium tendent aujourd’hui à être intégralement prises en charge par les industries de services, soumises aux contraintes du marché elles se voient diluées et finalement confondues avec le negotium.
L’otium latin fait écho à la skholè grecque. Il n’y a pas d’activité de l’otium et de la skolé qui ne soient des pratiques techniques ; cela signifie : il n’y a pas d’idéalités (d’activités idéales) sans techniques.
Negotium. C’est ainsi que les romains nommaient la sphère de la production, du calcul. Le negotium n’est pas seulement le commerce des marchandises au sens du plan comptable, c’est le commerce au sens large des affaires. C’est le business, l’affairement. C’est aussi le lieu des usages.
Otium/negotium. Otium et negotium ont ceci en commun que ces deux activités se déploient avec des supports de mémoire. Dans le negotium on trace les échanges, on quantifie et on calcule les échanges. Dans l’otium, cette notion de calcul et de quantification disparaît pour laisser place à des supports de mémoire plus orthothétiques. Dans l’otium il y a une discipline comprise comme technique de soi : c’est celle du sportif qui s’entraîne régulièrement, celle du moine qui respecte la liturgie, celle de celui qui écrit quotidiennement ses pensées.
Si otium et negotium, comme existence et subsistance, composent toujours, ils doivent absolument demeurer distincts. Ce serait une erreur d’opposer systématiquement otium et negotium car nous retomberions dans une démarche fondamentalement métaphysique. Max Weber a montré combien l’éthique protestante du capitalisme repose sur un processus de transduction : le negotium devient une activité qui relève de l’otium, et dans laquelle il s’inscrit.