Within the limits of capitalism, economizing means taking care

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Within the limits of capitalism, economizing means taking care

 

                                              

Consumers were consuming consumer items.  Raymond Queneau

 

 

The future of Europe and the world must be thought from the question of the psycho-power characteristic of control societies, and whose effects have become massive and destructive.  Psycho-power is the systematic organisation of the capture of attentionAttention.

Attention, Retention, Protention.

L’attention, la rétention et la protention forment la vie de la conscience. Si « l’ordre chronologique » est celui de la rétention du passé, de l’attention au présent, et de la protention à venir, l’ordre logique et phénoménologique (c’est à dire tel qu’il se présente à la conscience) impose de commencer par le milieu : par l’attention, qui ouvre l’une à l’autre rétention et protention.

Attention. L’attention est par excellence la modalité de la conscience : « être conscient » c’est être attentif. L’attention est ce qui constitue les objets de la conscience, même si toute conscience n’est pas attentive – toute attention étant évidemment consciente. La vie de l’attention se situe entre les rétentions (la mémoire) et les protentions (le projet, l'attente, le désir) qu’elle lie en étant ouverte à ce qui advient dans le « maintenant » depuis ce qu’elle retient de ce qui est advenu (rétention) et en attente de ce qui est en train d’advenir (protention).

L’attention n’est pas un réflexe ; autrement dit, l’attention est quelque chose qui se forme et qui forme. La formation de l’attention est toujours à la fois psychique et sociale, car l’attention est à la fois attention psychologique, perceptive ou cognitive (« être attentif », vigilant, concentré) et attention sociale, pratique ou éthique (« faire attention », prendre soin) : l’attention qui est la faculté psychique de se concentrer sur un objet, de se donner un objet, est aussi la faculté sociale de prendre soin de cet objet.

Il y a des techniques de captation de l’attention dont le but est de former l’attention (ainsi du livre), d’autres dont le but est de la capturer et de la canaliser – ce qui conduit à la dé-former, l’épuiser et la détruire. L’attention fait aujourd’hui l’objet d’une exploitation industrielle où la « matière première » valorisée – et la ressource rare – est devenue la capacité d’attention des consommateurs1. Toujours plus, et par tous les moyens, l’industrie publicitaire tente de capter notre attention, et personne n’échappe à cette saturation cognitive et affective. Il est désormais prouvé que l’usage massif des médias de masse dès le plus jeune âge conduit à un « attention deficit discorder »2. Le cerveau nourri au zapping perd l’attention un peu comme celui qui mange devant la télévision perd le goût de ce qu’il mange – et parfois perd l’appétit, parfois devient boulimique.

Rétention. Les rétentions sont ce qui est retenu ou recueilli par la conscience. Ce terme est emprunté à Husserl ; mais les rétentions tertiaires sont propres à la philosophie de Bernard Stiegler.

Rétentions primaires. Elles sont ce qui arrive au temps de la conscience, ce que la conscience retient dans le « maintenant qui passe », dans le flux perceptif qui soutient la conscience. Par exemple, la rétention primaire est la présence de la note tout juste passée dans une mélodie, qui a pour conséquence que le « mi » actuel n’est pas le même selon qu’il est précédé d’un « ré » ou d’un « fa ».

Rétentions secondaires. Les rétentions secondaires sont d’anciennes rétentions primaires (retenues par notre conscience) devenues des souvenirs. Elles appartiennent à la mémoire imaginative – je « vais chercher » mes souvenirs –, et non plus à la rétention-perception, sur laquelle elles ont cependant un impact. Les rétentions primaires sont en effet des sélections, car le flux de conscience que vous êtes ne peut pas tout retenir : ce que vous retenez est ce que vous êtes, mais ce que vous retenez dépend ce que vous avez déjà retenu.

Rétentions tertiaires. Elles sont le propre de l’espèce humaine. Ce sont les sédimentations hypomnésiques qui se sont accumulées au cours des générations en se spatialisant et en se matérialisant dans un monde d’artefacts – « supports de mémoire », c’est-à-dire hypomnémata –, et qui permettent de ce fait un processus d’individuation psycho-socio-technique. Les rétentions tertiaires surdéterminent les rétentions secondaires qui surdéterminent les rétentions primaires

Protention. La protention est le temps du désir ou le temps de la question, qui suppose le temps de l’attention et le temps des rétentions (tertiaires). En effet, d’une part il n’est pas de protention soutenable sans attention aux « consistances », d’autre part toute possibilité de protention est précédée par une projection prothétique. Autrement dit, c’est parce que l’homme est défini par son pharmakon technique que l’humain fait question, ou mieux que l’humain se fait question et se trouve mis en question.

La protention est le désir (et l’attente) de l’à venir, elle est ce qui dans le devenir constitue la possibilité de l’avenir – étant entendu que le devenir peut n’engager aucun avenir. Pour que l’à venir prenne consistance, il faut au minimum échapper au court-termisme qui gouverne notre monde. C’est là tout le paradoxe : la finance, qui est originellement le temps du crédit, soit donc l’organisation de protentions, accompagne aujourd’hui une économie consumériste qui détruit la possibilité même de se projeter dans l’à venir.

">i made possible by the psycho-technologies that have developed with the radio (1920), with television (1950) and with digital technologies (1990), spreading all over the planet through various forms of networks, and resulting in a constant industrial canalization of attention which has provoked recently a massive phenomenon of the destruction of this attention that American nosologists call attention deficit disorder.  This destruction of attention is a particular case, and especially serious one, of the destruction of libidinal energy whereby the capitalist libidinal economy self-destructs.

 

Attention is the reality of individuation H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Individuation.

L’individu n’est pas seulement un (unité, totalité), il est unique (unicité, singularité). Historiquement, l’individualité a toujours eu deux faces. D’une part, l’individu est l’atome, il est ce que l’on ne peut pas diviser sans tuer, d’autre part, l’individu est l’unique, il est ce qui n’est pas substituable. D’une part, l’individu se distingue comme unité totale face à son environnement, d’autre part il se distingue comme unité singulière face aux autres individus. Ces deux faces sont conciliables, mais pour cela nous devons considérer la totalité indivisible comme étant celle de l’individu et du milieu, et non celle de l’individu seul. Dans cette optique, un individu ne peut être singulier que si son milieu est singulier – cela suppose que l’on peut partager le même lieu sans partager le même milieu1.

Un individu est un verbe infinitif plutôt qu’un substantif défini, un devenir plutôt qu’un état, une relation plutôt qu’un terme et c’est pourquoi il convient de parler d’individuation plutôt que d’individu. Pour comprendre l’individu, il faut en décrire la genèse au lieu de le présupposer. Or cette genèse, soit l’individuation de l’individu, ne donne pas seulement naissance à un individu, mais aussi à son milieu associé. Telle fut la leçon philosophique de Gilbert Simondon2.

L’individuation humaine est la formation, à la fois biologique, psychologique et sociale, de l’individu toujours inachevé. L’individuation humaine est triple, c’est une individuation à trois brins, car elle est toujours à la fois psychique (« je »), collective (« nous ») et technique (ce milieu qui relie le « je » au « nous », milieu concret et effectif, supporté par des mnémotechniques)3. Cet « à la fois » constitue en grande partie l’enjeu historique et philosophique de la notion d’individuation. Par exemple, on se demandera de quelle manière la médiation mnémotechnique de l’imprimerie surdétermina les conditions de l’individuation  et reconfigura les rapports du « je » et du « nous ». La politique industrielle ou l’écologie de l’esprit que nous appelons de nos vœux repose fondamentalement sur la ré-articulation entre l’individuation psychique, l’individuation collective et l’individuation technique.

Individuation vs. individualisme. C’est un paradoxe de notre temps maintes fois relevé : l’individualisme de masse ne permet pas l’individuation de masse. C’est la force des technologies de gouvernances néolibérales que d’avoir réussi à priver l’individu de son individuation, au nom même de son individualité. L’individualisme est un régime général d’équivalence où, chacun valant chacun, tout se vaut ; à l’inverse, l’individuation engage une philosophie où rien ne s’équivaut. L’individualisme répond à une logique où l’individu réclame sa part dans le partage des ayants droits (partage entre particularités, entre minorités) ; à l’inverse, l’individuation répond à une philosophie qui brise cette logique de l’identification, et pour laquelle il n’est pas de partage qui ne soit participation et pas de participation qui ne mène l’individu à dépasser ce qui le départage. On l’aura compris : l’individuation n’est pas l’individualisation – et l’individualisation, au sens où l’entend l’individualisme consumériste, est une désindividuation.

Il est donc des banalités philosophiques bonnes à rappeler : l’individu est singulier dans la mesure où il n’est pas particulier. Comment échapper à la particularité d’un chiffre (celui d’un génome, d’un code barre, d’une puce RFID) ou à celle d’un moi (une opinion, un goût, un vote) ? La particularité est reproductible, la singularité ne l’est pas : elle ne peut pas être un exemplaire – mais elle est un exemple de ce que c’est que s’individuer. Un individu est singulier dans la mesure où il n’est pas substituable : sa place ou son rôle ne peut pas préexister à son être. Il y a donc de quoi s’inquiéter des standardisations industrielles productiviste puis consumériste qui transforment le singulier en particulier, ou de ce marketing croissant qui assaille un cerveau de plus en plus formaté et de moins en moins formé.

Investissement

La capacité d’investissement, telle qu’elle caractérise la société industrielle qui se trouve requise par le machinisme, est ce qui suppose du capital libre – libre de s’investir dans un risque entrepreneurial qu’il accompagne et dont il est distinct : il n’y a pas de capitalisme sans économie bancaire.

Mais l’investissement (dans la langue de Freud, Besetzung) est aussi ce qui caractérise le désir dans son rapport à l’objet, et par où précisément ses énergies primaires (les pulsions) transformé en énergie libidinale investie dans un objet, ce qui suppose que l’énergie pulsionnelle soit elle-même libre, c’est à dire capable de se détourner de son but premier : ce que Freud nomme freie Energie.

Pour Ars Industrialis, le capitalisme n’est pas seulement un mode de production industriel ni une financiarisation de l’échange marchand : il est d’abord une économie libidinale qui, dans sa forme actuelle, a conduit à l’épuisement du désir, ce pourquoi le capitalisme est devenu auto-destructeur. Dire du capitalisme actuel qu’il est privé de désir, c’est dire que le capitalisme n’investit plus, qu’il tend à épuiser toute possibilité d’investissement. Ce qui s’épuise n’est pas seulement le capitalisme hyper-spéculatif à tendance mafieuse, mais l’investissement en général, soit le désir du consommateur qui ne désire plus ce qu’il consomme, mais qui en est devenu dépendant – le marketing de l’addiction sollicitant désormais directement ses pulsions. Les politiciens qui tentent de nous rassurer en annonçant la « relance par la consommation » ne comprennent pas que c’est elle qui est devenue le problème puisqu’elle fait désormais système avec un capitalisme financier fondé sur le désinvestissement : sur l’infidélité systémique de tous à l’égard de tous et de tous à l’égard de tout.

Le nouveau capitalisme mondial ne renouvellera ses énergies qu’à la condition d’inventer une nouvelle logique et de nouveaux objets d’investissements, au double sens de l’économie industrielle et de l’économie libidinale, en tirant parti des technologies numériques de l’esprit qui rompent structurellement avec le modèle fondé sur l’opposition production/consommation – l’impératif n’étant ni la relance par la consommation, ni une pseudo-relance par l’investissement dans le modèle consumériste, mais la relance par la reconstruction du désir.

1Du point de vue spécifique, c’était la leçon d’Uexküll (cf. Milieu animal et milieu humain, Rivages, 2010) ; mais on peut appliquer cette idée à l’individu : deux individus différents peuvent avoir le même « environnement », ils ne peuvent stricto sensu avoir le même « milieu ». Du point de vue darwinien, une « variation individuelle » ne serait pertinente au regard de la sélection que dans la mesure où elle modifierait sa relation au milieu, et donc le milieu lui-même.

 

2Gilbert Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Millon, 2005.

 

3Ici, il s’agit de la lecture stieglerienne de Simondon, plutôt que de Simondon lui-même. Sur la reprise critique de Simondon par Stiegler, cf. Bernard Stiegler, « Chute et élévation. L’apolitique de Simondon », Revue philosophique, Paris, PUF, n°3/2006, et Jean-Hugues Barthélémy, Penser l’individuation, Paris, L’Harmattan, 2005, pp. 224-232.

 

">i in Gilbert Simondon’s sense of the terms: insofar as it is always both psychical and collective.  Attention, which is the mental faculty of concentrating on an object, that is, of giving oneself an object, is also the social faculty of taking care of this object – as of another, or as the representative of another, as the object of the other: attention is also the name of civility as it is founded on philia, that is, on socialised libidinal energy.  This is why the destruction of attention is both the destruction of the psychical apparatus and the destruction of the social apparatus (formed by collective individuation) to the extent that the later constitutes of system of care, given that to pay attention is also to take care.  (It is also to watch out, which is taken up in the emphasis I will put on destruction.)  Such a system of care is also a libidinal economy, wherein a psychical apparatus and a social apparatus hook up, whose destruction today is engendered by technological apparatuses.  And we will see that they are in fact psychotechnological and sociotechnolgical apparatuses.  In other words, we are confronted with a question stemming from what I call a general organology.

 

The major stake of attention deficit disorder and of everything stemming from the destructive effects of the exploitation of attention by psychopower is therefore the fragilisation of the infantile psychic apparatus and of sociability founded on philia.  Now, this precocious liquidation of libidinal economy is also what destroys the industrial capitalism of investment: the organ of psychopower is marketing P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Marketing

L’individu ne consomme les produits industriels qu’en méta-consommant, si l’on peut dire, des machines à sonder et à façonner des comportements. Le marketing désigne précisément le fait que, dans la consommation, le produit consommé est paradoxalement devenu secondaire. Lorsque l’Etat use des mêmes méthodes et des mêmes fins que le marché, on peut parler d’un Empire du « management ».

Marx a pu écrire : « Ce n’est pas seulement l’objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est produit par la production » 1 ; en écho Lazzarato a pu écrire : « En renversant la définition marxienne on pourrait dire : le capitalisme n’est pas un mode de production, mais une production de modes »2, c’est-à-dire qu’il ne crée pas tant des choses que des mondes, des manières, soit des milieux – en l’occurrence, dissociés

Le marketing publicitaire matraque : c’est là son premier principe. Il n’informe pas tant (adverstising) qu’il incite : c’est une technique d’incitation à un comportement, soit une psychotechnologie. Cette technique façonne un monde de services où les consommateurs ne produisent plus rien de ce qu’ils consomment – sinon comme prolétaires qui ignorent tout des conditions de leurs propres productions. Comme prolétaires, ils ont perdu le savoir de leurs propres productions : ce savoir est passé dans la machine de production.

Pour comprendre cet impouvoir qui se nomme « pouvoir d’achat » – histoire indissolublement psychique, sociale et technique –, il convient de se remémorer qu’il n’existe pas de pouvoir d’achat sans pouvoir de propagande, aujourd’hui nommé marketing (cf. Edward Bernays3). Le but ultime du marketing fut ainsi résumé :

Nous devons faire passer l’Amérique d’une culture des besoins à une culture du désir. Les gens doivent être entraînés à désirer, à vouloir de nouvelles choses, avant même que les anciennes aient été entièrement consommées4.

Après la naissance du marketing (Ernest Dichter, Louis Cheskin), il est clair que le but n’est plus de former et d’exploiter des producteurs, mais de contrôler des comportements de consommateurs. Depuis les années 50-60, l’enjeu est d’assurer moins la production que la vente et la consommation des biens produits par un appareil structurellement en surproduction – les groupes industriels, devenus mondiaux, visant explicitement à s’assurer le contrôle comportemental des individus, c’est à dire leur esprit, leur désir, leur identité.

La publicité distrait, au sens pascalien du terme. Elle est la propagande de distraction qui soutient notre capitalisme. Le propos de Patrick Le Lay, PDG de TF1, fera date pour sa lucidité cynique : « Mon travail est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola5 ». Il s’agit bien de distraire l’esprit pour capter son attention vers la consommation. « L’homme distrait, remarquait Benjamin, est tout à fait capable de s’accoutumer6 ».

1Marx, Contribution à l’économie politique, Éditions sociales, 1968, p.156.

 

2Lazzarato, «  Les Révolutions du capitalisme », http://seminaire.samizdat.net/Les-Revolutions-du-Capitalisme.html

 

3Le père des « relations publiques », c’est-à-dire selon ses propres mots de la « propagande en temps de paix », baptisa son inventions engineering of consent. Bernays, pourrait-on dire, c’est du Gustave Lebon (et sa psychologie des foules) accompagné d’Ivan Pavlov (et ses réflexes conditionnés). Cf. E. Bernays, Propaganda, Horace Liveright, New York, 1928, et le très bon documentaire d’Adam Curtis, « The Century of the Self », BBC (consultable en ligne). Sur ce sujet on pourra lire, par exemple, Vance Packard, La Persuassion clandestine, Calmann-Lévy, 1958.

 

4Paul Mazur, cité par Al Gore, La Raison assiégée, Seuil, 2007, p. 103 [Mazur, associé d’Edward Bernays, était un grand banquier de Wall Street (Lehman Brothers)].

 

5« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective 'business', soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. […]. Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. […]. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise […]. La télévision, c'est une activité sans mémoire. Si l'on compare cette industrie à celle de l'automobile, par exemple, pour un constructeur d'autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n'en aurons même pas le temps ! […] Tout se joue chaque jour sur les chiffres d'audience. Nous sommes le seul produit au monde où l'on 'connaît' ses clients à la seconde, après un délai de vingt-quatre heures. » Patrick Le Lay, Les Dirigeants face au changement, Éditions du huitième jour, 2004.

 

6Walter Benjamin, « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique », Œuvres III, Gallimard, p. 109

 

">i as the arm of a financialised capitalism become essentially speculative.

*

The gigantic financial crisis sending tremors all over the world is the disastrous result of the hegemony of the short term of which the destruction of attention is at once effect and cause.  The loss of attention is a loss of capacities of projection into the long term (that is, of investment in objects of desire) which systemically effects the psychic apparatuses of consumers manipulated by psychopower as well as the manipulators themselves: the speculator is typically the person who pay no attention to the objects of his speculation, and who takes no care of them either.

 

The act of the speculator has effects on the multitude of consciousnesses that undergo, directly or indirectly, the effects of his speculation through the psychotechnological devices of attention capture.  These consciousnesses are thus always a little more enclosed in the default of attention and care, that is, in the short term, which justifies a posteriori the act of the speculator: this act is performative in the sense Jean-François Lyotard lends to it in The Postmodern Condition.  This is how a system of the short term gets established, along with the vicious circle of the destruction of attention.

 

This is the context in which the colossal environmental crisis rages on, having been promoted to first place in the world’s concerns (Besorgen) and the attention (Sorge) by the Nobel Academy, and whereby what is discovered and planetarily recognized as what I will later analyse as the third limit of capitalism, after the tendential drop in profit margins and the tendential drop in libidinal energy (resulting directly from the destruction of attention).  Tendancielle

 

It is in this context of an environmental crisis which suddenly posits as self-evident the necessity of beginning all over again to reason on a long term basis, that is, to re-elaborate a politics of investment, precisely at a time when an enormous financial crisis emerges through which the calamity of speculative and short term organisation induced by the financiarization which destroys attention, is revealed, that new operations of spectacular industrial concentrations are either effectuated or in preparation, thus for example the OPA by Microsoft on Yahoo, and the decision by Google to invest the terrain of the cell phone network.

 

The objective of these operations is to gain control over the social networks, designating the digital networks wherein new types of the capture and formation of psychical as well as collective attention are revealed: it is a new age of reticulation that is being implemented, and it constitutes a new stage of what I have described as a process of grammatisation. At this stage, it is the mechanisms of transindividuation H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

 Transindividuation.

Le terme « transindividuation » est dérivé du terme « transindividuel » de Gilbert Simondon. Chez ce dernier le trans-individuel se distinguait déjà des points de vue plus anciens et classiques, issus de la psychologie pour l’un et de la sociologie pour l’autre, de l’inter-individuel – où ce sont les individus qui font le groupe – et de l’intra-social – où c’est le groupe qui fait les individus. Pour Simondon, l’apparition du transindividuel est le fruit d’une individuation nouvelle, l’individuation psycho-sociale (c’est à dire d’emblée psychique et collective), qui rompt avec l’individuation vitale, et où l’individu vivant se prolonge et se dépasse : dans cette nouvelle forme d’individuation indissociablement psychique et sociale, le « collectif réel » n’est ni la simple réunion de psychismes individuels déjà donnés, ni le « social pur » des insectes : c’est un devenir social qui s’individue en « unité collective » parallèlement à la « personnalisation » singulière de chaque sujet psychique.

Chez Bernard Stiegler, le transindividuel est ce qui, à travers la co-individuation diachronisante des je, engendre la trans-individuation synchronisante d’un nous1. Ce processus de transindividuation s’opère aux conditions de métastabilisation rendues possibles par ce que Simondon appelle le milieu préindividuel, qui est supposé par tout processus d’individuation et partagé par tous les individus psychiques. Ce milieu préindividuel est cependant, pour nous, intrinsèquement artefactuel, et la technique est ce dont le devenir métastabilise la co-individuation psychique et collective. La technique est ainsi le « troisième brin » de ce que Simondon, lui, pensait seulement comme une individuation « psycho-sociale »2. Le terme « transindividuation » désigne cette dynamique métastable psycho-socio-technique par laquelle le transindividuel n’est jamais un résultat donné, mais toujours en même temps une tâche : celle du désir à l’œuvre.

La « transindividuation » n’est pas seulement une co-individuation, car celle-ci n’est pas suffisante pour ouvrir un milieu qui dépasse l’individu tout en le prolongeant. La transindividuation est la trans-formation des je par le nous et du nous par le je, elle est corrélativement la trans-formation du milieu techno-symbolique à l’intérieur duquel seulement les je peuvent se rencontrer comme un nous. Le social en général est produit par transindividuation, c’est-à-dire par la participation à des milieux associés où se forment des significations qui se jouent entre ou à travers les êtres qu’elles constituent3.  

Il n’y a pas de transindividuaton sans techniques ou technologies de transindividuation, qui sont des pharmaka. Lorsque les techniques ou technologies sont mises au service de la prolétarisation et de la désindividuation, elles provoquent des court-circuits dans la transindividuation, elles délient les individus psychiques des circuits longs d’individuation, elles le rabattent sur un plan de subsistance en les coupant des plans de consistance. L’hypomnèse devient alors toxique.

1Synchronisante, au sens où s’y perpétue un état métastable.

 

2Signalons toutefois que Simondon avait commencé d’attribuer à la technique un statut particulier au sein de la culture, dans son ouvrage classique Du mode d’existence des objets techniques.

 

3Si la signification ne constituait pas les êtres, nous rappelle Simondon, elle ne serait alors qu’un signal.

 

">i that are grammatised, that is, formalised, reproductible, and thus calculable and automatable.  Now, transindividuation is the way psychical individuations are meta-stablized as collective individuation: transindividuation is the operation of the fully effective socialization of the psychical.

 

With the social networks the question of attentional technologies becomes manifestly and explicitly the question of the technologies of transindividuation. The latter is henceforth formalised by the technologies of psychical individuation originally conceived in view of ending up with a collective individuation, where Simondon’s analysis posing that psychical individuation is also and in the same stroke collective individuation receives spectacular and organalogical confirmation.  It is a matter of technologies of indexation, annotation, tags and modelised traces (M-traces), wiki technologies and collaborative technologies in general.

 

Here a reading of Foucault is especially necessary and promising: Foucault also showed that the techniques of the self, as techniques of psychical organisation, are always already techniques of collective organisation – which he demonstrates in his analysis of the correspondence of Seneca with Lucilius.  On the other hand, Foucault did not see coming the question of psychopower, whereby marketing, from the emergence of the programme industries, transforms the psychotechniques of the self and of psychic individuation into industrial psychotechnologies of transindividuation, that is, into psychotechnologies threaded by networks, and as the organisation of an industrial reticulation of transindividuation that short-circuits traditional and institutional social networks.

[1]

  After having destroyed the traditional social networks, the psychotechnologies become socialtechnologies, and they tend to become a new milieu H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

Milieu (associé/dissocié).

« Milieu ». Le « milieu », dans son usage le plus commun, est à la fois ce qui est autour de l’individu (environnement) et entre les individus (medium). Les deux sens du terme de milieu se rejoignent dans une philosophie de l’individuation selon laquelle, pour comprendre la relation de l’individu et de son milieu, il faut partir du mi-lieu de cette relation, c’est-à-dire au point où ni l’individu ni le milieu ne sont encore constitués. Le milieu n’est donc pas, à proprement parler, extérieur à l’individu : il en est le complémentaire, à ce titre il n’est pas l’environnement1.

« Milieu technique ». En France, le concept de « milieu » date de l’époque d’Auguste Comte, mais le concept de « milieu technique » naîtra un siècle plus tard à l’époque d’André Leroi-Gourhan et Georges Friedmann. Ce dernier en appelait à la responsabilité de l’Etat dans « le façonnement (dès l’enfance) des individus par l’éducation, mais aussi par le milieu technique et en particulier par les communications de masse ? » 2. Ailleurs, Georges Friedmann écrivait : « L’analyse physiologique et psychotechnique détaillée du travail à la chaîne (pris comme exemple) montre en celui-ci d’abord un fait technique, à travers le fait technique un fait psychologique, à travers le fait psychologique, un fait social »3. En quelque sorte, l’œuvre actuelle de Bernard Stiegler, se situe directement dans cette thématique, mais en l’appliquant aux industries culturelles. Or c’est bien le concept de « milieu », qui leur permet de penser ensemble le technique, le psychique et le social.

Si la technologie est une science humaine (Haudricourt), c’est bien que la technique est notre milieu. Tout geste (du plus banal au plus rare) s’effectue dans un milieu technique qui le rend possible, or tout milieu technique comporte de la mémoire. La technique comme milieu s’accompagne d’une pensée de l’individuation au mi-lieu : l’être humain s’individue au mi-lieu, entre l’extériorisation des organes et l’intériorisation des prothèses.

Pour Bernard Stiegler, la technique comme milieu cela signifie deux choses : d’une part, cela désigne le défaut d’origine, c’est-à-dire l’origine qui est toujours déjà au milieu du commencement et de la fin, du passé et du futur ; d’autre part, cela désigne ce mouvement qui, partant du milieu, désigne aussi bien l’intériorisation de l’extérieur, que l’extériorisation de l’intérieur. C’est à partir du processus d’extériorisation de Leroi-Gourhan (extériorisation sans intériorité préalable, puisque celle-là n’ex-iste que par celle-ci), et à partir du milieu associé de Simondon (milieu sans individualité préalable, puisque l’individu et le milieu co-naissent en même temps), qu’il est possible de comprendre le milieu stieglerien. Ce milieu nomme aussi bien un mi-lieu, et celui-ci nomme aussi bien le tiers terme, ce troisième lieu, ni phusis ni tekhnè (comme le milieu techno-géographique simondonien), ni intérieur ni extérieur (comme le milieu d’extériorisation leroi-gourhanien). Le mi-lieu signifie ainsi l’espace transitionnel, ni dedans ni dehors, qui n’est précisément pas un simple intermédiaire (Winnicott).

Le milieu technique a ceci de singulier pour l’homme qu’il a la possibilité d’être associé ou dissocié : c’est un milieu pharmacologique.

Milieu associé/milieu dissocié. Ars Industrialis emprunte à Simondon le concept de « milieu associé » pour analyser l’individuation collective en quoi consiste toute société humaine, de telle sorte à ce que l’histoire de l’individuation humaine y apparaisse comme indissociable de l’histoire de l’individuation technique.

Simondon parle de « milieu associé » à propos de l’individuation technique (cf. Du mode d’existences des objets techniques).  Simondon définit l’individu technique doté d’un milieu associé à travers le fonctionnement de la machine qui contribue à la production de son milieu qui rend possible son fonctionnement. Dans cette optique, l’individu technique est ce qui transforme l’environnement en milieu technique associé (comme la turbine de Guimbal transforme la mer et ses marées en milieu technique de fonctionnement). Si le terme de « milieu associé » est emprunté à Gilbert Simondon, le terme de « milieu dissocié » fut forgé par Bernard Stiegler. Dans les termes de Simondon, on dira que dans un milieu associé, l’individu psychique s’individue en co-individuation avec un ou plusieurs autres individus psychiques, ce qui constitue une individuation collective, pour autant qu’ensemble ils contribuent à individuer leur milieu (technico-symbolique). Dans un milieu dissocié, l’individuation du milieu technico-symbolique se fera au contraire aux dépens des individus psychiques (et par l’intermédiaire de bureaux d’étude, de cabinets de conseil et autres « experts »), qui s’en trouveront donc désindividués.

Un milieu techno-symbolique vous est associé s’il est le medium et le vecteur de votre individuation, celle-ci n’étant possible que parce que ce milieu associe des individus. Au contraire, un milieu est dissocié s’il n’aide pas à votre individuation, si vous ne contribuez pas à votre milieu. Les milieux symboliques furent dissociés par l’application aux échanges symboliques du modèle industriel – à travers les industries culturelles. Comme ce modèle oppose producteurs et consommateurs, il aboutit à spécialiser les uns dans le rôle d’émetteur de symboles et les autres dans le rôle de consommateurs de ces symboles. Cette dissociation des milieux s’accentua avec l’économie des services qui repose sur le contrôle, par les concepteurs du service, du comportement des consommateurs ou utilisateurs.

La nouveauté du réseau internet en tant que milieu technique, par contraste avec la télévision par exemple, est qu’il ne constitue pas un milieu structurellement dissocié. Telle est la raison pour laquelle internet rend possible l’économie contributive, typique du logiciel libre. Il n’y a plus dissociation des producteurs et des consommateurs, mais association des destinataires et des destinateurs produisant une nouvelle forme de socialité et un nouvel esprit du capitalisme.

1Nombreux sont ceux qui ont théorisés cette distinction entre l’environnement et le milieu (entre autres, Uexküll, Goldstein, Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon).

 

2Georges Friedmann, Sept études sur l’homme et la technique, Paris, Gonthier, 1966, p. 201.

 

3Georges Friedmann, Problèmes humains du machinisme industriel, Paris, Gallimard, 1946, p. 357

 

">i and a new reticular condition of transindividuation grammatising new forms of social relations.

 

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In order to analyse these facts, which constitute the specific context on the basis of which it is necessary and possible to think a future for Europe and the world, we must return to the question of knowing what attention is.  Psychical and collective individuation is essentially what forms attention insofar it the latter is necessarily both psychical and social, and attention is what results from the relation holding between retentions and protentions in the sense Husserl gives to these terms (Husserl naming intentional consciousness what I am calling attention).  Now, this relation of retentions and protentions whose result is attention is always mediated by tertiary retentions – of which psychotechnologies and sociotechnologies are instances.

 

We must speak of tertiary retentions if we are to complete the analysis in which Husserl distinguishes between primary and secondary retentions.  Primary retention is, for example, what happens when you listen to me speaking and, applying the verb I use to the subject preceding it, a subject you no longer perceive, you maintain this subject in the verb, which constitutes the maintenance/presence of my discourse which is also what maintains your attention: you conjugate the subject to the verb, with a view to projecting this action designated by the verb toward its complement, projection which is a protention, that is, an expectation.

 

What Husserl calls primary retention is this operation consisting of retaining a word in another (operation that Husserl analyses by studying the way in a melody a note maintains in itself the preceding one, and projects forward the expectation of another note – Leonard Meyer describes this as an expectation:  it is the operation consisting in retaining a word which however is no longer present, the beginning of the sentence having been pronounced and in this respect already past, and yet still present in the sense that is thus elaborated as discourse.

 

We must distinguish the operation we are calling primary retention from secondary retention.  The latter is a memory: something that belongs to a past having passed by (it is thus a former primary retention), whereas the primary retention still belongs to the present, to a passing present: it is the passage itself, per se, and in this respect the direction of the present – its sense in the sense of direction as well.  Now, the secondary memory is also what permits us to select possibilities from the stock of primary retentions: primary retention is a primary selection whose criteria are furnished by the secondary retentions.

 

You are listening to me, but each one of you hears something different in what I say, and this is owing to the fact that your secondary retentions are singular ones: your pasts are singular ones.  In the same stroke, your apprehension of what I say is each time singular: the meaning that you assign to my discourse, whereby you individualise yourself with my discourse, is each time singular – and this is the case because you select each time singularly primary retentions in the discourse I am giving for you, and through which I am trying to retain and to maintain your attention.

 

However, if you could, now, repeat the whole discourse that you have just heard, for example because you had recorded it on a USB key in a MP3 format, you could effect, obviously new primary retentions, depending on previous primary retentions, become in the meantime secondary retentions.  You would thus call into question the meaning of this discourse already constituted by yourself: your would produce a difference in meaning on the basis of this repetition, through which this meaning would moreover reveal itself as a process much more than a state, et more precisely, the process of your own individuation hooking up with the individuation that this discourse exemplifies, which is, in this case, my own individuation.  You would thus form retentional circuits – which I do not have the time to explain why they are at the heart of what must be conceptualised as circuits of transindividuation.

 

Be that as it may, that which allows such a discourse to be repeated, for example in the form of a recording in the MP3 format, is a tertiary retention with the same status as the text I am now reading for you, which allows me to repeat a discourse that I conceived elsewhere, and at another previous time: this is what Plato called a hypomnesic pharmakon  

Pharmakon, pharmacologie.

En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison, et le bouc-émissaire1.
Tout objet technique est pharmacologique : il est à la fois poison et remède. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin, au sens où il faut y faire attention : c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Cet à la fois est ce qui caractérise la pharmacologie qui tente d’appréhender par le même geste le danger et ce qui sauve. Toute technique est originairement et irréductiblement ambivalente : l’écriture alphabétique, par exemple, a pu et peut encore être aussi bien un instrument d’émancipation que d’aliénation. Si, pour prendre un autre exemple, le web peut être dit pharmacologique, c’est parce qu’il est à la fois un dispositif technologique associé permettant la participation et un système industriel dépossédant les internautes de leurs données pour les soumettre à un marketing omniprésent et individuellement tracé et ciblé par les technologies du user profiling.
La pharmacologie, entendue en ce sens très élargi, étudie organologiquement les effets suscités par les techniques et telles que leur socialisation suppose des prescriptions, c’est à dire un système de soin partagé, fond commun de l’économie en général, s’il est vrai qu’économiser signifie prendre soin. En particulier, Ars Industrialis appelle de ses vœux une pharmacologie de l’attention  à l’époque des technologies de l’esprit.
Poison et remède, le pharmakon peut aussi devenir le bouc-émissaire de l’incurie qui ne sait pas en tirer un parti curatif et le laisse empoisonner la vie des incurieux, c’est à dire de ceux qui ne savent pas vivre pharmaco-logiquement. Il peut aussi conduire par sa toxicité à désigner des boucs-émissaires des effets calamiteux auxquels il peut conduire en situation d’incurie. L’actuel mélange de populisme industriel et de régressions politiques en tous genres procède totalement d’un tel état de fait – et il constitue, en particulier en Europe Occidentale et Orientale, mais aussi et surtout en France et en Italie, une honte historique pour ces pays qui furent autrefois les berceaux de grandes cultures artistiques, scientifiques, philosophiques et politiques.
En principe, un pharmakon doit toujours être envisagé selon les trois sens du mot : comme poison, comme remède et comme bouc-émissaire (exutoire). C’est ainsi que, comme le souligne Gregory Bateson, la démarche curative des Alcooliques Anonymes consiste toujours à mettre d’abord en valeur le rôle nécessairement curatif et donc bénéfique de l’alcool pour l’alcoolique qui n’a pas encore entamé une démarche de désintoxication2.
Qu’il faille toujours envisager le pharmakon, quel qu’il soit, d’abord du point de vue d’une pharmacologie positive, ne signifie évidemment pas qu’il ne faudrait pas s’autoriser à prohiber tel ou tel pharmakon. Un pharmakon peut avoir des effets toxiques tels que son adoption par les systèmes sociaux sous les conditions des systèmes géographiques et biologiques3 n’est pas réalisable, et que sa mise en œuvre positive s’avère impossible. C’est précisément la question que pose le nucléaire.
 
1 La question du pharmakon est entrée dans la philosophie contemporaine avec le commentaire que Jacques Derrida a donné de Phèdre : « La Pharmacie de Platon », La Dissémination, Seuil, 2003. Le pharmakon qu’est l’écriture (comme hyppomnésis) est ce dont Platon combat les effets empoisonnants et artificieux en y opposant l’anamnesis comme activité de « penser par soi-même ». Derrida montre que là où Platon oppose autonomie et hétéronomie, celles-ci cependant composent sans cesse.
 
2 Bateson, …
 
3 Au sens où Éloi Laurent en pose la question dans Social-écologie, Flammarion, …, p.
 
">i
.  Such a pharmakon allows the production of attentional effects, that is, retentional and protentional hook-ups, whose existence entirely justifies the definition of this pharmakon as a psychotechnical device.  Such a device allows, to be more precise, the control of rentional and protentional hook-ups in view of producing attentional effects.

 

Such effects are also those that Husserl analysed as the condition of the origin of geometry – where writing is what allows the formation of types of rational primary and secondary retentions, through which the long circuits of transindividuation are formed, as well as those that Plato denounces in the Phaedo (?) or in Gorgias as that which allows the short-circuiting of the anamnesic work of thought through the intermediary of terniary and hypomnesic retentions.

 

Tertiary retentions are therefore mnemotechnical forms of the exteriorisation of psychical life constituting organised traces into retentional devices (of which the devices described in The Order of things, The Archaeology of knowledge or Discipline and punish are cases) that characterise the systems of care, as therapeutic systems whose retentional devices are the pharmacological basis.

[2]

 

Now, retentional devices constitute themselves in a new distributed organisation which in fact represents a major break with the former organisation of industrial society – and which is the subject of a recent book by Alexander Galloway and Eugene Thatcher, Exploit.  I would now like to show that this break is a meeting of the ways faced with which a new industrial politics must make choices, drawing the consequences of these mutations, on the basis of which a new issue out of the hyperindustrial world could present itself.  But I must first of all specify why this break, which is both an opportunity and a new danger (it is induced by a new pharmakon), emerges at a moment when capitalism runs up against three limits.

 

*

 

It was at the end of the 19th century and at the end of the 20th century that capitalism met with its first two limits:

 

The industrial revolution, as the implementation of the capitalist system of production, is the pursuit of the process of grammatisation whereby and wherein tertiary retentions are formed, to which the psychotechiques belong – by apparatuses of the control of gestures which allow, as machine-tools, the liquidation of the know-how of works, and, from there, the realisation of immense gains in productivity, and the development of a new prosperity which however encounters, besides the misery it engenders in the form of the proletariat, the limit analysed by Marx as the tendenciel drop in the rate of profit.

 

To fight against this limit of capitalist development, the American way of life invented the figure of the consumer whose libidoLibido.

 

La libido est la socialisation de l’énergie produite par la pulsion sexuelle, mais telle que, comme désir, cette pulsion est transformée en objet sublimable : objet d’amour ou d’attention passionnée à l’autre.

 

Capitalisme et libido. Le capitalisme au XXe siècle, a fait de la libido sa principale énergie. Pour être très schématique, on peut dire que l’énergie au XIXe siècle est celle de la force de travail (Marx), tandis qu’au XXe siècle, elle devient celle du consommateur. Ce n’est pas le pétrole qui fait marcher le capitalisme, mais la libido. L’énergie libidinale doit être canalisée sur les objets de la consommation afin d’absorber les excédents de la production industrielle. Il s’agit bien de capter la libido, c’est-à-dire de façonner des désirs selon les besoins de la rentabilité des investissements.

L’exploitation managériale illimitée de la libido est ce qui détruit le désir et l’humain en nous. De même que l’exploitation du charbon et du pétrole nous force aujourd’hui à trouver des énergies renouvelables, de même, il faut trouver une énergie renouvelable de la libido (ce pourquoi nous disons que c’est un problème écologique).Or la libido est constituée par des techniques ; ce n’est pas une énergie qui se développe spontanément, mais elle est articulée sur des techniques, des « fétiches », et plus généralement sur des prothèses.

 

 

 

">i is systematically put to work to counter the problems of excess production, which is the social concretisation of this tendential drop in the rate of profit.  This canalisation of the libido operated by the capture of attention ends up by liquidating the expertise in living [savoir-vivre] of consumers, by the massive development of societies of services which let them off the hook of their own existences, that is, of their diverse responsibilities as adults having reached their majority.  This is what ends up provoking the liquidation of their own desire, as well as the desire of their own children, to the strict extent that the latter can no longer identify with them, both because these parents no longer know anything, and are no longer responsible for anything, having become themselves big fat children, and because the process of primary identification is short-circuited by psychopower through the psychotechnologies.  This destruction of desire (that is to say also the destruction of attention and of care) is a new limit encountered by capitalism, this time not only as mode of production, but also as mode of consumption, way of life, that is, as biopower become psychopower.

 

3) A third limit henceforth imposes itself on our attention.  It consists in the fact that the development of the industrial way of life, inherited from the 19th and 20th centuries, has become not only toxic on the level of minds and of libido, but also on the geophysical and biological level.  This third limit will not be able to be raised or effaced before the invention of a mode of life constitutive of a new way of taking care and of paying attention to/of the world by the invention of therapeutics: techniques, technologies and socio-pharmacological apparatuses of the formation of attention corresponding to the organological specificities of our time: to the specificities of the technologies of transindividuation forming the infrastructure of an industrial system itself functioning in an endogenous way as a system of care: making care its “chain of value” that is, its economy, and thereby renewing with the original sense of the word economy, for to economise is to take care.

 

Western societies, in the sway of the exportation of technologies issuing from their mode of production, have engendered industrial competitors (on whom Paul Valéry was already meditating as to their consequences to come) by a movement of financiarisation that could do nothing but cause a global economic war.  In this new form of war, the stakes are a defense of society no longer as an enemy, exterior or interior, but against a process that ruins time, that is, the horizon of the long term, and the possibility of projecting this horizon in giving oneself objects of desire.  This process spins out of control at this precise moment when the effects of the three limits of capitalism combine.

 

Global competition fired up by financiarisation has ended up in the destruction of the complex equilibrium that allowed that capitalism’s development also be the social development of industrial democraties by the Keynesian organisation of the redistribution of wealth under the authority of a welfare State, and it is in the context of the economic war which resulted that marketing has become, as Gilles Deleuze put it, “the instrument of social control” in the societies of control, and that the drop in libidinal energy suddenly got worse.

 

Thus, on the side of consumption, the capitalist mode of life has become at the end of the 20th century an addictive process less and less capable of finding sustainable satisfactions – this has induced great discontent in the civilisation of consumption, which has replaced culture, that is, care, if we accept that culture precedes cults of all types, that is, attachments to objects whose ensemble constitutes a system of care.  It is in this context that Jenny Uechi could write in Abdusters that

 

According to surveys conducted recently by the sociologist Juliet Schor, 81% of Americans estimate that their country is too centered on consumption and almost 90% of them consider that it is too materialistic.

 

*

 

 

We all know that in no case will this new global capitalism be able to develop in reproducing the modes of production and consumption that have been characteristic of Western, Japanese and Korean industrial democracies.  For the exportation of this mode of life is also that of the growth in the rate of production of toxins of all sorts toward the greatest part of the planetary population, and which can result in nothing else but the disappearance of the human race – to say nothing of the phenomena of the destruction of psychical apparatuses that also create their effects as quickly as “growth” spreads over the world, which is indeed, by this very fact, a stunted growth. [une mécroissance]  The new global capitalism will not be able to renew its energies without inventing a new logic and new objects of investment – and here the word investment must be taken literally and in all its senses: both the sense it has in industrial economy and its sense within libidinal economy.

 

At this stage of my exposé, it is interesting to check for heart murmurs in a text by Jeremy Rifkin which is circulating all over France and Europe.  Rifkin, setting his discourse under the watchword of “the end of the age of oil,” asks how we are to assure a “sustainable development” but without ever asking the question of the problem of stunted growth, that is, of a “growth” that destroys desire, and that desindividuates producers as well as consumers, stunting the dynamism of what Max Weber called the spirit of capitalism, a spirit that has to be apprehended as libidinal energy and that can be constituted only in processes of sublimation henceforth annihilated by marketing techniques.

 

While never taking up these questions (which were however the horizon of both his European dream and The Age of Access), Rifkin insists, apropos the age of oil and more generally of fossil fuels, its growing “external costs (which in economics is called negative externalities): he thus describes the third limit encountered by a capitalism become an actually globalised technological system of production and of consumption.  In this context, he writes, there is a residual stock of fossil energy that we will have to learn to exploit to the hilt, that is, the most economically possible, while at the same time putting into place other processes for the production and consumption of energy:

So as to prepare the future, each government will have to exploit new energy sources and establish new economic models.

I am myself convinced that the stakes are a change in the economic model.  But I do not believe that the heart of the question is the energy of subsistence: the real question is that of an energy of existence which is libidinal energy.

 

Now, by only asking the question of a new production of renewable, sustainable energie of subsistence, founded on the intermediary storage by the technology of the production of hydrogen, Rifkin would have us believe that the energy crisis is a passing one and that it will be able to be surmounted, and along with it the third limit of capitalism, without having to ask the question of libidinal energy, without taking into account this second limit which is the truth of the third one: where the libido has been destroyed, and where the drives it contained, as Pandora’s box enclosing every evil, henceforth are at the helm of beings devoid of attention, and incapable of taking care of their world.

 

Libidinal energy is essentially sustainable, except when it decomposes into drive-driven energy, which is on the contrary destructive of its objects.  The drive is an energy, but an essentially destructive one, for the drive consumes its object, which is to say it consummates it.   This consumption and consummation implemented by consumers, is a destruction.  Consummare, the etymology of the word to consume, and which initially meant to accomplish, to reach the goal, becomes with Christianity a synonym of to lose, perdere, and to destroy, destruere.  Starting in 1580, the French word consommer means to do away through use goods and energies.  Starting in 1745 we begin to hear about consumers, and consumption designates then the usage one has of an object for the satisfaction of needs.  Consumption becomes an economic term at the beginning of the 20th century.  And it was only in 1972 that the word consumerism made its appearance in the United States.

 

*

 

If consummation is that which destroys its object, libido is to the contrary that which, as desire and not as drive, that, as the sublimation intrinsic to desire, takes care of its object.  This is why the question of the third limit of capitalism is not that of the relinquishment of fossil fuels but rather the relinquishment of a drive-driven economy and the reconstitution of a libidinal economy,  that is a sustainable one, given that this energy increases with the frequentation of its objects.  The third limit of capitalism is not only the destruction of the reserves of fossil fuel, but the limit constituted by the drive to destruction of all objects in general by consumption, in so far as they have become objects of drives, and not objects of desire and attention – the psychotechnological organisation of consumption provoking the destruction of attention in all its forms, on the psychical level as well as the collective level.

 

Because he seems to ignore everything involved in the second limit of capitalism and its meaning once the third limit has been reached, Rifkin’s discourse seems to me fraught with dangers: he would have us believe that a drive-driven growth could be sustained owing to the technology of hydrogen.  An yet, this discourse is interesting and of import for at least three reasons:

 

            1) it proposes a real alternative to the question of the energy of subsistence with this system founded on hydrogen which would allow a harmful limit to be pushed back;

 

            2) it poses the questions about energy that are never distinct from questions on networks of communication and information, that is, hypomnesic systems and retentional devices of tertiary retentions;

 

            3) finally, and above all, it posits that the network founded on hydrogen must be based on the model of social networks made possible by the world wide web and, thus, must get beyond the opposition between production and consumption.

 

An organisation based on consumption, and constituted by its opposition to production, is dangerous not only because it produces excess quantities of carbon dioxide, but because it destroys minds.  The opposition of production and consumption has as its consequence that both producers and consumers are proletarianised by the loss of their knowledge: they are reduced to and economy of subsistence, and deprived of economy of their existence – they are deprived of libidinal economy, that is, of desire. This is why the fundamental question opened by the combination of the three limits of capitalism is the overcoming of this opposition and of the proletarinarisation it engenders structurally.

 

Now what is extremely interesting in Rifkin’s proposition consists in positing, based on the position set forth in the first lines of the study, the energy systems and information or mnemotechnical systems co-develop, that the most recent system of communication, Internet, breaks, precisely, with the opposition of consumption and production and thus constitutes the possibility of implementing a new distributed and decentralised network of sustainable energies where everyone would be producer as well as consumer, by combining the technology of stockage by hydrogen and that of networking along the lines of the Internet model.

 

Confronted with this unprecedented challenge to planetary (planetarianised) humanity – a challenge of practically sublime dimensions, which demands an extraordinary mobilisation of the forces of the spirit to meet it: a challenge convoking what Kant called the supresensible, that is, also the infinite (infinitely renewable) – the temptation of the industrial and capitalist world is to come up with a technological and scientific response in denial of the three limits of capitalism.  This temptation borne of denial cannot appreahand

 

1) that these three limits, when they combine, produce a systemic evolution at a superior level, that is, a phenomenon of emergence,

2) that we must change industrial models not only to produce a new technical and scientific rationality, but to constitute a new social rationality, productive of motivation, of reasons for living together, that is, of taking care of the world and of those living there,

3) that the fundamental question is here to reorient the financial fluxes toward long-term investments by waging war against speculation, but also against modes of life founded on the short term, of which the most every-day example is the organisation of society by a marketing systematically exploiting drives by destroying libido as that which evinces the capable of sustainable investment.

 

Consumption become drive-based is profoundly dangerous for society.  If there were no limit to this consumption, and if fossil fuel were inexhaustible, the catastrophe would perhaps be even greater that the one resulting from the deplenishment of fossil fuels.  Perhaps this deplenishment is finally a kind of stroke of luck: the opportunity to understand that the true question of energy is not that one, that the energy of subsistence is of interest only insofar as its contributes to an energy of existence – and is such in its capacity to project what I call the plane of consistencies.  Now this is the true stake of what is today called, in an ambiguous expression, ascendant innovation.

 

*

 

Over the past ten years, society as a whole (in industrialized countries and in developing countries), because of a spectacular drop in costs in the field of the electronic technologies of the fabrication of materials as well as transactions and duplications of data, acquires new practical, but also analytical and reflexive competencies, through the spread of digital apparatuses giving access to functionalities hitherto reserved to professional actors – these functionalities were hitherto organised by the industrial division of labor (and by everything coming with it, thus for example the law of intellectual property).  These functionalities are those of the social networks.

 

This socialisation of innovation calls more and more often on social forms of apprenticeship that would appear to be self-organising and to elude the usual processes of the socialisation of innovation described as “descending” (piloted by the research/development/marketing complex: it constitutes what is more and more often called “ascendant” innovation.  Ascendant innovation is a structural break with the organisation of social relations in the industrial world based on the oppositional couple production/consumption.  It is founded on motivations oriented toward consistencies, that is, toward objects of what the Greeks and the Romans called skholè and otium H2 { margin-top: 0.05cm; margin-bottom: 0.05cm; text-align: justify; page-break-after: auto; }H2.western { font-family: "Garamond",serif; font-size: 14pt; }H2.cjk { font-family: "Arial Unicode MS"; font-size: 14pt; }H2.ctl { font-family: "Tahoma"; font-size: 10pt; font-weight: normal; }P { margin-bottom: 0cm; text-align: justify; }P.western { font-family: "Times New Roman",serif; }P.cjk { font-family: "Times New Roman"; }P.ctl { font-family: "Times New Roman"; }P.sdfootnote { margin-left: 0.5cm; text-indent: -0.5cm; font-size: 10pt; text-align: left; }A.sdfootnoteanc { font-size: 57%; }

 Otium/Negotium.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la société est constituée par une opposition entre la sphère des besoins, celle des esclaves, artisans, roturiers et la sphère de l’otium, celle des clercs, ou de toutes personnes dégagées des obligations de la vie quotidienne vouées à la satisfaction des besoins par la production des subsistances. Le « negotium » est le nom que les romains donnaient à la sphère de la production, elle-même soumise au calcul. Ce n’est pas seulement le commerce des marchandises au sens du plan comptable, c’est le commerce au sens large des affaires, le business, l’affairement, c’est aussi le lieu des usages. A l’inverse, l’otium est le temps du loisir libre de tout negotium, de toute activité liée à la subsistance : il est en cela le temps de l’existence.

Si otium et negotium, comme existence et subsistance, composent toujours, ils doivent absolument demeurer distincts, Les distinguer ne signifie pas les opposer systématiquement, car en ces cas nous retomberions dans une démarche fondamentalement métaphysique. Max Weber a montré combien, avec l’éthique protestante du capitalisme, le negotium devient une activité qui relève de l’otium, et dans laquelle il s’inscrit.

Otium et negotium ont ceci en commun que ces deux activités se déploient avec des supports de mémoire (hypomnemata). Dans le negotium on trace les échanges, on quantifie et on calcule le commerce humain. Dans l’otium, les hypomnemata sont mis en œuvre essentiellement dans la visée des objets de la contemplation, skholè, qui forment les idéalités en général (les objets de l’idéalisation – au sens de Freud –, c’est à dire aussi de la sublimation) et constituent ce que nous appelons des consistances : ce qui, n’existant pas, consiste d’autant plus (la justice, l’infinité de l’objet de mon désir, le point géométrique, etc.)

Dans l’otium il y a une discipline comprise comme technique de soi donnant accès à ce qui n’a pas de prix : c’est celle du sportif qui s’entraîne régulièrement, celle du moine qui respecte la liturgie, celle de celui qui écrit quotidiennement ses pensées. Ce que Foucault nomme « l’écriture de soi » relève typiquement de l’otium. Si l’otium est une pratique solitaire, elle est toujours socialement destinée et constituée.

Les pratiques de l’otium tendent aujourd’hui à être intégralement court-circuitées par les industries de services et soumises aux contraintes du marché : elles se voient diluées et finalement confondues avec le négotium – par exemple comme savoirs académiques totalement soumis aux contraintes économiques.

Pharmakon, pharmacologie.

En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison, et le bouc-émissaire1.

Tout objet technique est pharmacologique : il est à la fois poison et remède. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin, au sens où il faut y faire attention : c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Cet à la fois est ce qui caractérise la pharmacologie qui tente d’appréhender par le même geste le danger et ce qui sauve. Toute technique est originairement et irréductiblement ambivalente : l’écriture alphabétique, par exemple, a pu et peut encore être aussi bien un instrument d’émancipation que d’aliénation. Si, pour prendre un autre exemple, le web peut être dit pharmacologique, c’est parce qu’il est à la fois un dispositif technologique associé permettant la participation et un système industriel dépossédant les internautes de leurs données pour les soumettre à un marketing omniprésent et individuellement tracé et ciblé par les technologies du user profiling.

La pharmacologie, entendue en ce sens très élargi, étudie organologiquement les effets suscités par les techniques et telles que leur socialisation suppose des prescriptions, c’est à dire un système de soin partagé, fond commun de l’économie en général, s’il est vrai qu’économiser signifie prendre soin. En particulier, Ars Industrialis appelle de ses vœux une pharmacologie de l’attention  à l’époque des technologies de l’esprit.

En principe, un pharmakon doit toujours être envisagé selon les trois sens du mot : comme poison, comme remède et comme bouc-émissaire (exutoire). C’est ainsi que, comme le souligne Gregory Bateson, la démarche curative des Alcooliques Anonymes consiste toujours à mettre d’abord en valeur le rôle nécessairement curatif et donc bénéfique de l’alcool pour l’alcoolique qui n’a pas encore entamé une démarche de désintoxication2.

Qu’il faille toujours envisager le pharmakon, quel qu’il soit, d’abord du point de vue d’une pharmacologie positive, ne signifie évidemment pas qu’il ne faudrait pas s’autoriser à prohiber tel ou tel pharmakon. Un pharmakon peut avoir des effets toxiques tels que son adoption par les systèmes sociaux sous les conditions des systèmes géographiques et biologiques n’est pas réalisable, et que sa mise en œuvre positive s’avère impossible. C’est précisément la question que pose le nucléaire.

1La question du pharmakon est entrée dans la philosophie contemporaine avec le commentaire que Jacques Derrida a donné de Phèdre : « La Pharmacie de Platon », La Dissémination, Seuil, 2003. Le pharmakon qu’est l’écriture (comme hyppomnésis) est ce dont Platon combat les effets empoisonnants et artificieux en y opposant l’anamnesis comme activité de « penser par soi-même ». Derrida montre que là où Platon oppose autonomie et hétéronomie, celles-ci cependant composent sans cesse.

 

2Bateson, …

 

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which are very specific objects of attention: the objects of knowledge (know-how, art of living, the disposition to theory, that is, to contemplation).

 

Digital technologies, where the technologies of information, communication and telecommunications converge and tend to amalgamate, and on the basis of which a sector of communicating objects called “internet objects” is developing, form a new technological milieu, reticulatory and relational in nature, belonging to what Simondon called an “associated technico-geographical milieu,” reconfiguring what he also called the process of psychical and collective individuation, and transforming into technologies of the spirit what hitherto has functioned essentially as technologies of control.

 

In this technological milieu, electronic apparatuses form a systemic ensemble with the network owing its existence to the IP protocol.  Now, the resulting dynamic system, in constant evolution, grounded in a relational economy of miniaturized and personalised equipment and relational services – what is indeed called, and in particular by Jeremy Rifkin, relational technologies (“R technologies”) – install new social dynamics, absolutely unheard-of with what hitherto was characteristic of industrial society, and which are propelled by a psycho-social state of the population no longer content with the classical organisational model, and which stores up, therefore, a dynamic potential in the form of expectations, et by the combination of the effects of the Moore “law” and the specificities of the IP networks.

 

 The characteristics proper to the new technological milieu being formed with the IP protocol, which must be apprehended as a technological protocol of reticulation with structural consequences in the field of social reticulation, can be put down to its both bidirectional and intrinsically productive and collective character of a metalanguage of a new type, whereby metadata are collected and organised: it is the combination of these characteristics that founds the constitution of what are called “social networks.”

 

This metalanguage consititues a new epoch in the process of grammatisation which globally transforms the conditions of transindividuation.  A psychic process is translated at the level of a collective individuation where the psychic individuation is marked, inscribed so to speak in the real, and is recognized by other psychic individuals: this work of collective individuation by psychic individuation, and conversely, is the process of transindividuation. Now it is precisely this circuit formed by the process of individuation that can be observed in the “social networks” – however tawdry they may appear at first sight.

This is why the dynamics induced by the technological protocol of reticulation IP must be described as the effects of a process of psychical, collective and technical individuation the likes of which have never existed before.  As poor and disappointing as the social-digital networks appear to us, most of the time, they bring together, henceforth, hundreds of millions of psychical individuals in a processes of collective individuation that can sometimes be evaluated as rich and inventive – if we recall on line video games, the network Second Life, Facebook, MSN, Skyblogs, etc.  But we must also include collaborative platforms like Wikipedia, the open source communities in the field of software development with the Linux system, and so many other variegated initiatives that have taken off in the world – collaborative spaces of teaching, cooperatives of knowledge, and so on.

 

The Simondonian theory of psychosocial individuation is a theory of relations in which this individuation is produced via a process of transindividuation (which engenders what Simondon calls significations).  The process of transindivuation consists in the formation of circuits “knitted” by these relations and whereby the process of co-individuation can be meta-stabilized.  However, the conditions of formation of such circuits are quite variable.  In particular, these circuits can either imply psychical individuals formed by them, this implication then being the very process of their formation, or, on the contrary they can short-circuit them and impose formations of signification in which they have not participated – the psychical individuals having been proletarianized, that is, disindivualized.  The significations in which transindividuation consists then tend to loose their sense and their direction: this is what occurs in dissociated milieus.

 

Such milieux are created in the production/consumption dichotomy, and this causes a generalised loss of individuation, and a protean discontent and unease.  The IP technology is on the contrary what allows the proliferation of new circuits of transindividuation, and that’s why is is massively invested by social practices they were neither anticipated nor programmed by any industrial or commercial strategy. It is thus that this technico-relational milieu tends to reconstitute associated and dialogical milieus (that is, where all those who participate in this milieu contribute to its individuation) by the unfolding of technologies of transindividuation.

 

This is not to say that these technologies cannot serve the cause of the short-circuiting of transindividuation.  All attentional technologies (and this digital technologies of transindividuation belong to the group of attentional technologies) are pharmacological to the strict extent that, as technologies of the formation of attention, they can be reversed and upturned into technologies of the deformation of this attention, and short-circuit this attention, that is, exclude it form the process of transindividuation and signification: they can always produce dissociation. 

 

 

 

This is the context that ought to spur the European Union to elaborate a new industrial model, based on what I call with my friends in the association Ars Industrialis, an industrial politics of the technologies of spirit – that is, of sublimation – as the only sustainable libidinal economy.  It is only on this condition that Rifkin’s proposition can supply a basis of subsistence (and a basis for a bio-politics conceives at the level of the biosphere) for a new politics of existence: a noopolitics susceptible of reversing and overcoming the deadly logic of psychopower.  The actual question, for Europe as for the rest of the world, is whether it can invent with America and the other major industrialised countries, a European way of life where economizing means taking care.

 

 

 



[1]

At first sight and after a preliminary analysis, the formalisation of transindividuation here appears to constitute the ultimate and perfect concretisation of what I have elsewhere described as the destruction of the associated milieux, which are the symbolic milieux, by the formation of dissociated milieux that short-circuit the transitional instances of transindividuation, which form circuits of transindividuation which are too long for the rhythms of evolution of industrial society.  And yet, I also believe that the formalisation of transindividuation constitutes an altogether unheard-of possibility for the reconstitution of the long circuits of transindivuation.  Here is where the stakes show up in concentrated form as a crossroads for a planet having become globally hyperindustrial.

[2]

Attention, call it A, is a function of tertiary retentions, that is, of mnemotechniques and mnemotechnologies, call them R3, to the extent that the latter overdetermine the relation between retentions and protentions, R and P, and given that the teriary retentions form systems that must be called retentional devices, RD.  Here is a formula:

 

A = fR3 = R/P where RE = RD.